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Mes parents avaient acheté une petite ruine dans les Cévennes.
Pendant plusieurs années, je descendais là-bas dès
que je le pouvais.
Pour aider à la restauration de cette petite maison. J’y
ai découvert la nature.
Moi, le parisien pas heureux à Paris, il était grand
temps !
Évidemment, j’y ai emmené le groupe.
On peut même dire qu’on a sérieusement squatté
la petite maison, oui !
Mais, Josette et Sergio (c’est mes parents ) étaient
trop accueillants !
On a dû passer pas loin d’une année à
travailler au Triolet
(nom prédestiné !). À y répéter.
Et à y enregistrer un album.
Il fallait bien montrer quelle était cette musique !
Financièrement, j’y ai mis tout ce que j’avais
gagné avec
les musiques de films (et j’ai commencé à
refuser pas mal
de propositions pour pouvoir mener notre entreprise à terme).
J’ai cassé ma petite tirelire : enregistrement, mixage,
sonorisation de tous les instruments (mini-micros spéciaux,
capteurs… j’en ai encore de pleines malettes), pédaliers
spéciaux… et même voyages, bouffe….
Je ne voulais pas qu’on stagne parce qu’il nous
manquait ceci ou celà. Il fallait tracer la route.
On travaillait d’arrache-pieds.
J’étais dans un état de haute énergie,
dopé par les bains dans l’eau froide de la rivière,
les raids quasi-quotidiens dans la montagne,
à pied ou à vélo.
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À
ce stade du récit, il faut quand même dire les choses
clairement :
le rêve de musique complètement métissée,
c’était le mien !
La construction d’une musique qui soit à mi-chemin
entre l’occident et l’Afrique,
à mi-chemin entre l’acoustique et l’électrique,
à mi-chemin entre le français
et le wolof (avec un peu d’anglais), toute cette alchimie
difficile à concocter
(car un abus de certains ingrédients faisait soudainement
trop pencher la balance)…
je me suis aperçu plus tard que j’étais le
seul à en ressentir la nécessité à
ce point.
J’étais le nez dans le guidon, je ne pouvais pas
vraiment le voir.
Mes acolytes avaient certes des mérites, à commencer
par
leurs indéniables qualités musicales. Et aussi aussi
celui de s’être libéré
aussi longtemps pour l’aventure. Mais ils étaient
un peu comme
les passagers d’un véhicule qui a l’air d’avoir
un bon conducteur !
Il y avait surtout un sérieux problème de différence
de vitesse.
Ils ne cessaient de trouver que j’allais trop vite.
Vu qu’on a mis un an à enregistrer cet album,
je ne suis pas sûr qu’ils voyaient juste.
J’avais une conscience aigüe que nous étions
engagés dans une course
dans laquelle il fallait maintenir un rythme. Ce qui semblait
leur échapper.
Nous avons tout de même partagé de très beaux
moments.
Et fait ensemble de très belles rencontres.
Passé d’inoubliables soirées, instruments
en main,
au coeur de la nature généreuse.
Mais, parfois, j’eus quand même l’impression
de
diriger une sorte de centre-pilote,
hors des “réalités économiques”,
comme disent
tous les petits mulots moralisateurs
récemment diplômés (pardon les mulots)…
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