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Entame de l’été 96, la sonnerie du téléphone vient perturber
le chant des cigales : “allo, c’est Patrick Grandperret” .
J’avais souvent entendu parler de lui par Cyril, qui l’aimait beaucoup.
Ils avaient tous deux été assistants de Maurice Pialat
(ça crée des liens chez ceux qui arrivent à ne pas se faire virer au bout
de 3 jours !). La conversation s’engage :
- Je viens de tourner un film qui s’appelle Les Victimes,
j’aimerais te proposer d’en faire la musique.
J’ai écouté Les Caprices d’un Fleuve, c’est vachement beau.
Mais on est un peu short sur les délais
( un refrain entonné par de nombreux réalisateurs… ndlr)
- Le problème c’est qu’en ce moment je suis dans les Cévennes
avec mon groupe et on enregistre un disque,
on en a encore pour un bon moment, je suis désolé…
- Ah bon, mais c’est quoi votre style de musique ?
- Un mélange
- ça doit être vachement bien
- Ben oui c’est pas mal
- J’aimerais bien écouter quand même, et aussi te montrer mon film.
Je pourrais t’envoyer une cassette ?
- Ben c’est à dire qu’on a pas de magnétoscope. Ni de télé à vrai dire.
Et je vais pas pouvoir monter à Paris en projection,
je ne peut pas leur faire ça.
- Bon écoute, c’est pas grave, vous êtes où ?
- Près du Vigan.
- Je pourrais passer vous voir ?
- Eh ben… avec plaisir !
- Bon, après demain, ça irait ?
- OK

Deux jours plus tard, Bilondiey répéte sous
un pommier, guitare, basse, bolong.
Et Grandperret arrive,
il sort un magnétoscope et une télé du coffre.
Et il nous dit de continuer à répéter .
Il restera une heure entière assis à nous écouter, bienveillant.
Évidemment, on savait déjà qu’on allait travailler ensemble !
Il nous montre son film. On tombe d’accord sur le fait
qu’on fera des versions spéciales de certains
de nos morceaux pour le film.
Il passe la nuit au Triolet, et repart le lendemain midi.
Rendez-vous dans 15 jours, même lieu !
Quinze jours plus tard, le revoilà.
On passe les séquences du film en
lui jouant les morceaux en live.
Quelque réglages et tout baigne.
Le tout est bouclé en 3 heures.
Il repart le jour même, ça c’est du vite réglé…
Ce qu’on va gagner avec cette musique
(devinez qui a négocié ?)
va permettre au groupe
de pouvoir continuer à rester… au Triolet !
Madredeus ! Tous ces cadeaux creusent la tombe du groupe,
sans que ça me vienne une seule seconde à l’esprit…
Y’a des moments où on est un peu collé du cerveau, non, ou bien ?