ACTEURS :
Ils ont tous accepté d’interpréter des anti-héros, de jouer avec une apparence pas toujours flatteuse, de ne pas être là où ça brille, mais là où c’est intense. Et ils ont maintenu cette rigueur tout au long du tournage.

ANGOISSE :
Nom de code DP est un film angoissant, comme toutes les questions essentielles qu'on ne peut pas résoudre (voir « Désir »).

BELGIQUE :
Dans la version initiale du scénario, la base arrière des terroristes était située à Londres. Les conditions de production nous ont conduit à tout récrire à Bruxelles : c'est un de ces cas où les contraintes produisent des effets heureux.

COULEURS :
Une dominante bleue intense et contrastée pour l’Europe, des tons ocre et mordoré pour le Pakistan, pour avoir deux univers distincts qui s’opposent…

CRÉDIBILITÉ :
On l’obtient avec beaucoup de documentation, un parti-pris et en sachant prendre ses distances avec le réalisme (voir ce mot).

DÉSIR :
NOM DE CODE DP ne parle pas d'amour mais de désir. A la télévision, l'amour, ça s’énonce, le désir, ça se filme.

DEUX CAMÉRAS :
La première est concentrée sur la narration principale et travaille en plan séquence. La seconde est en gros plan sur le visage des acteurs pour capter leurs réactions et les moindres signes de leur interprétation, pour Patrick ça collait au caractère retenu, contraint, de personnages obligés de mentir sur leur identité et incapables de dire qu’ils s’aiment. Mais la deuxième caméra saisit aussi une petite foule de moments non écrits dans le scénario : un acteur sans dialogue dont le regard s’abandonne, une silhouette qui aura un geste imprévu, un animal qui passe... Au fond, la première caméra filme la variante principale de la dramaturgie et la deuxième s’en éloigne le plus possible. Ce paradoxe nourrit certainement la tension interne de la scène au moment du montage. 

DOCUMENTATION :
Elle est indispensable dans ce type de film car nous pensons qu’il faut très bien connaître la réalité pour pouvoir ensuite s’en démarquer. Frédéric a vu pendant des mois des flics des R.G ., de la DST, des juges, d’anciens terroristes et des officiers du Mossad et de la CIA. Voir « Réalisme ».

DOULEUR :
C’est le dénominateur commun à nos trois personnages. Terroriste, flic, taupe, chacun est porteur d’une douleur qui lui est propre, mais qui les réunit sans qu’ils le sachent.

GOOGLE :
Le principal moteur de recherches sur Internet ne donne pas une idée de l’état réel du monde, mais de comment le monde pense son état. Nombre de références sur les pages Google France : Terrorisme 569 000, famine 142 000, « Sida Afrique » 244 000, Tiers-monde 220 000, Misère 319 000. Cherchez l’erreur.

HAPPY END : 
Faire un happy end dans un film sur le terrorisme, c’est quand même se moquer du monde.

ISLAM :
Le pari du film est de montrer une histoire crédible où tous les musulmans qu’on voit sont des intégristes ou des terroristes, puisque c’est cela dont on parle, sans jamais donner l’impression d’un discours globalisant sur l’Islam et les musulmans. Ce n’est pas évident et nous a demandé, de l’écriture du scénario à la fin du montage image, une vigilance de tous les instants.

LENTEUR :
Sur ce projet, il fallait faire confiance à l’histoire et oser une narration lente, par petites touches, sans vouloir rythmer à tout prix de façon artificielle, ce qui est souvent le cas en télévision. Pour Patrick, au tournage et au montage, il était important de laisser les personnages respirer et de prendre le temps de les regarder, de les étudier pour que le spectateur puisse mieux les ressentir.

LIBERTÉ DE CRÉATION :
La création, c’est la contrainte, ou plutôt les contraintes. Sur Code DP, nous avons eu de vrais problèmes de temps et d’argent, quelques angoisses çà et là sur le propos, mais pour l’essentiel le désir de tous, des auteurs, des producteurs, des comédiens et des diffuseurs a porté le film. 

MUSIQUE :
"Il faut être céleste, j’imagine une voix de haute-contre…" (René-Marc Bini devant les premiers rushes).

OURDOU :
C’est la langue principale au Pakistan. Nous avions envie de cette authenticité-là, de ce son incompréhensible et pourtant crédible. C’est la langue natale d’Asil Raïs, qui joue Bilal : il a supervisé tout ce qui concernait l’ourdou sur le plateau et en post-production, car la majorité des comédiens jouant des personnages pakistanais ne parlaient pas ourdou.

PROFONDEUR :
La mise en scène et les cadres sont basés sur l’utilisation de la profondeur de l’image. Assez souvent un personnage est au premier plan face caméra tandis que son partenaire dans son dos, très en retrait, s’adresse à lui et que dans le fond du décor une autre action se déroule (à l’Ulat, par exemple).

RÉALISME :  
Le mot-piège de la fiction française. Ce qui compte, c’est d’être crédible. En voyant code DP, les vrais espions rigolent, mais tous les autres ont les boules. Les fictions très réalistes sur le terrorisme sont souvent fort ennuyeuses car on se perd dans les multiples services, les rapports justice-police et surtout le temps infini qu’il faut souvent, dans la réalité, pour collecter quelques maigres informations incertaines.

R.G. :
L’héroïne du film, Nathalie, est officier aux Renseignements Généraux. Nous aurions aussi pu choisir la DNAT (Division Nationale Antiterroriste) ou la DST (Direction de Surveillance du Territoire, contre-espionnage). Mais la DNAT intervient plutôt après les explosions, et la DST, ce sont de vrais espions, avec une culture post-Guerre Froide et une obsession du secret. Les R.G.ont l’avantage de pouvoir travailler sans contrôle judiciaire. A cause de « P.J. », Frédéric préférait à priori les flics aux espions. Ensuite, comme toujours, ça a été une question de rencontres, et nous avons rencontré des flics qui avaient envie de parler et avec lesquels c’était agréable de manger, en dehors du service bien entendu, dans des bars à vin.

SEXE :
Dans les premières versions de l’histoire, qui n’était pas encore un scénario, il était prévu une longue scène de sexe, vers la fin du film, entre Léon et Nathalie, sorte de climax de la montée de leur désir. Frédéric a écrit la scène mais nous n’avons jamais réussi à la caser dans le script, il y avait toujours une bonne raison de ne pas la mettre : Au bout d’un moment, nous avons compris que si on ne lui trouvait pas de place, ça voulait sans doute dire que les personnages n’en voulaient pas dans cette histoire-là, que c’était mieux comme ça.

TERRORISME (histoire du) :
Au fil du temps, le terrorisme est une notion à géométrie variable. Les résistants français, qui tuaient des soldats allemands en sachant que cela amènerait des exécutions d’otages innocents, étaient des terroristes, selon la presse française de l’Occupation ; Plusieurs anciens terroristes de l’IRA sont devenus premiers ministres en Irlande ; les militants algériens du FLN, qui mettaient des bombes aux terrasses des cafés parisiens étaient aussi des terroristes, avant de parvenir, pour certains d’entre eux, au sommet de l’état. Idem pour Itzhak Shamir et Menahem Begin, terroristes brevetés avant de devenir premiers ministres d’Israël, ou les dirigeants actuels et futurs de l’Etat palestinien. Il est évidemment curieux que les principaux chefs d’Etat de la planète présentent une notion à ce point relative comme le mal absolu.

TERRORISTES :
Nous ne les voyons pas comme des fous psychopathes et hallucinés, mais comme des militants qui poursuivent un but déterminé. On ne combat pas ses ennemis en les ignorant et en leur déniant le statut d’êtres humains.

TRAVELLING LATÉRAL :
C’est la base de la narration filmique de Code DP. Il est le point de vue par lequel on pénètre dans les scènes… La caméra glisse latéralement sur le décor pour mieux le décrire, pour installer le climat et ensuite elle rejoint les personnages et se concentre sur eux. Pour Patrick, c’est une manière de prendre la main du spectateur et de l’entraîner avec nous jusqu’aux personnages…

ULAT (Unité de Liaison Antiterroriste) :
Dans la réalité, l’antiterrorisme concerne des dizaines d’unités et de comités, policiers et politiques, à Paris et en province. La réalité, c’est très compliqué et souvent très ennuyeux ! Nous avons donc créé l’ULAT parce que c’était pratique pour la narration tout en nous permettant de montrer l’essentiel des enjeux politiques et policiers de la vie réelle. Voir aussi « Réalisme ».

VICTIMES :
Quand on fait un film sur le terrorisme, on est forcés de penser aux victimes, par exemple les centaines de gens qui mourront entre le tournage et la diffusion du film. C’est sans doute en pensant à ces gens qu’on n’a pas envie de raconter n’importe quoi, et notamment que le terrorisme serait un mouvement organisé ou simplement un problème soluble. 

VIE ET RIEN D’AUTRE (LA) :
En préparant ce film, nous avons été très gênés de constater que la plupart des fictions qui traitent de terrorisme ne font pas du prix de la vie une véritable valeur. On y voit des victimes anonymes ou des méchants terroristes mourir par dizaines sans émotion particulière, car ces personnages ne sont pas des personnes. Ce faisant, ces fictions bradent la seule valeur qui fait de nous des êtres humains civilisés, des êtres qui ne peuvent que rejeter les terrorismes comme moyen d’expression politique : le prix de la vie, le prix de la vie et rien d’autre.
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