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MARC DURIN-VALOIS
Auteur du roman "Chamelle" (Lattès 2002)

Marc Durin-Valois est né en 1959. Dans sa jeunesse, il a vécu  aux Etats Unis, en Ouganda avec des séjours dans d’autres parties de l’Afrique. Après des études de sciences politiques,il est entré à HEC et a commencé une carrière de journaliste prenant la direction des publications « Azur économie » , « Régions d’Europe » et créant une revue « Pouvoir d’entreprise ». Actuellement il se consacre à l’enseignement des « problèmes du monde contemporain «  à l’université et à l’écriture.

Son premier roman « L’Empire des solitudes » paraît en 2001 aux éditions Lattes.

« Chamelle » paraît en 2002 chez le même éditeur. De nombreux prix l’ont couronné :

- Prix 2003 des cinq continents de la francophonie

- Prix 2003 national culture et bibliothèques

- Prix 2003 « Americo Vespucci » ainsi que de nombreux prix de lecteurs et élu par le magazine « Lire » dans le palmarès des vingt meilleurs livres mondiaux de l’année.

La genèse

C’est un reportage qui m’a donné l’idée et l’envie d’écrire « Chamelle ». Dans certains cas, pour un roman, trop bien connaître son sujet peut poser un problème : on est envahi par les détails. L’avantage que j’avais pour l’Afrique et la problématique de l’eau est un recul et une distance qui m’ont permis de travailler sur l’essentiel, les exodes massifs de réfugiés dans des déserts. Pour écrire ce livre j’ai été nourri par des images d’enfance, en Ouganda, où la vie et la mort sont liées à des évènements minuscules. J’ai pu ainsi retrouver, comme des petits cailloux sur un chemin, cette vérité que l’on n’a plus quand on reçoit des informations formatées qui éloignent de la sensibilité que l’on peut avoir par rapport au sujet.

Chamelle est un livre où j’ai travaillé avec l’écriture mais aussi avec l’émotion. L’émotion amène quelque chose de très particulier : l’écriture arrive presque instantanément, elle n’est pas réfléchie. « Chamelle » a été écrit dans un temps très court qui correspond presque à la durée de l’exode de Rhane. Les réactions de sa famille se sont imposées d’elles-mêmes. Il n’y a eu pas un vrai travail d’élaboration mais d’immédiateté. Je les ai vus. Sur une dune, j’ai vu la danse de ces enfants et ensuite l’histoire sur le rythme obsédant du pas du chameau, s’est mise en marche. Et l’écriture a suivi l’inflexion à la fois douce et martelée de ce pas.

L’adaptation

Sur un sujet comme celui-là, si l’on cède au pathos, c’est une catastrophe. Il fallait que l’écriture cinématographique soit simple et sèche. Et là, il y a eu la magie d’une rencontre, celle de Marion Hänsel. J’ai retrouvé chez cette réalisatrice le même souci de sobriété, le même refus d’effet de mode, d’artifices pour aller dans le sens du temps et, à partir de là, une confiance formidable s’est instaurée. Il suffit de deux, trois rencontres pour voir que l’on a les mêmes préoccupations, le même désir de faire passer un certain nombre d’idées, la même réactivité, le même sentiment de fureur, de fureur calme mais de fureur qu’en même. Je n’ai jamais eu l’ombre d’une inquiétude sur le travail qu’elle allait faire. J’avais vu ses films et j’avais retrouvé cette pudeur, cette austérité, cette volonté d’être vrai. Mon éditeur avait été contacté par d’autres réalisateurs potentiels, mais ils ont été écartés, cela ne pouvait être que Marion.

J’ai eu son scénario en main avec la possibilité de faire des remarques. J’en ai fait quelques-unes. Très peu parce que le scénario était très cadré sur l’ouvrage avec une fidélité à peu près totale. J’ai fait deux ou trois suggestions de détails qui ont été prises en compte.

L’universalité de l’humain

J’ai voulu que le lecteur entre dans mon texte. J’ai fait deux versions. L’une à la première personne où je le mettais dans la peau du personnage, disant « Je marche, j’avance » et une autre où il était dans la position du spectateur, de celui qui regarde marcher. La première était la plus forte. Car, en définitive, il n’y a pas, dans l’attitude de cette famille, de grandes différences avec ce que l’on a pu connaître, nous, dans l’Europe de 39/45 où, nous aussi, nous avons été contraints de marcher, d’abandonner nos biens ou les nôtres derrière nous et de continuer à avancer. Dans des situations de perte, de tension extrême, je ne crois pas que l’humain soit différent parce que l’on change de lattitudes. Il n’y a pas de choix possible.  Aujourd’hui, comme toujours, les réfugiés sont des hommes qui marchent et s’ils s’arrêtent, ils meurent. Si quelqu’un meurt, il faut continuer à marcher. On ne voit pas cela dans les reportages télévisés trop courts. La seule manière de le montrer est le roman. Pendant une heure et demie on rentre dans l’histoire d’un enfant que l’on doit abandonner pour sauver les autres. Et le film, pendant la même durée, va vous mettre dans la même situation. Rhane et sa famille ne sont pas autres. Ils sont nous, c’est-à-dire l’humain universel face à la douleur, face au chagrin, face au danger, face à la mort. Simplement ils nous semblent loin parce que nous vivons dans un monde protégé.

L’eau

On sait qu’il y aura dans les vingt années à venir plus de conflits autour de l’eau et de l’accès aux ressources que de conflits territoriaux tels qu’on les connaît maintenant. L’eau va être un catalyseur de lutte et, il faut donc, de toute urgence, mettre en place un système de gestion rationalisé. L’eau manque déjà à deux milliards de personnes dans le monde. C’est un grave problème politique. La tendance serait de dire que c’est la faute de l’occident. On doit surtout prendre conscience de la rareté de cette ressource et comprendre qu’elle demande à la fois une gestion mondiale et une administration micro locale. Par exemple, il y a une source. Vous avez des animaux. Il faut que les bêtes boivent. Mais si elles boivent au même endroit que les hommes vont apparaître des problèmes de dissémination de maladie qui vont entraîner d’autres morts. Cela dépasse la responsabilité de l’occident. Comment gérer les sources et l’alimentation en eau est un problème majeur et qu’on est loin de savoir le résoudre.

L’exode

Je voulais que « Chamelle » soit emblématique de tous les réfugiés. Cela supposait de ne pas localiser l’endroit précis de l’action. Dès que le pays est nommé, on dit «  ces gens-là ne sont pas comme nous » or je tiens à insister sur cet aspect de l’universel : si demain nous manquons d’eau nous serons dans la même situation avec les mêmes réflexes. La culture de la différence est aussi la culture de l’indifférence. Je prétends que ce n’est pas un problème d’ethnie ou de culture, c’est un problème de ressource.«  Chamelle » parle de tous les hommes qui sont obligés de marcher.

Dans les pays qui sont ravagés par le manque de ressources, généralement les populations sont soumises à des dictatures, soumises à la domination d’une soldatesque extrêmement jeune, extrêmement violente. Dans ces pays, il y a une partie de la population qui est armée et particulièrement dangereuse, et une majorité de braves gens, des familles qui sont là, comme des fétus de paille, ballottées d’une guerre à l’autre, d’une région de massacre à une région de sécheresse. C’est cette masse silencieuse qui est poignante et serre le cœur. J’ai le souvenir, en Ouganda, d’un gamin qui avait volé une bricole et que les soldats ont poussé contre un mur et abattu d’une balle dans la tête, froidement, comme on tue un animal. Comment intervenir ? Il y a une conscience à avoir, celle de la multitude de ces gens doux, humbles, pauvres qui sont harcelés et perdus. C’est d’eux dont j’ai voulu parler et non de ces gamins de quinze ans gorgés de kat ou de drogue.

« Chamelle » est un livre qui ne m’appartient plus, que je n’ai jamais pu relire. J’ai été la main qui l’a écrit. C’est très particulier... Un écrivain est quelqu’un qui a un ego fort. Or, dans ce roman, j’ai simplement voulu faire passer une émotion et un message qui sont des souvenirs d’enfance, le souvenir de ces populations qui erraient dans une chaleur écrasante, ne possédant rien, privées de tout. Dire, ces gens-là existent. Et Marion poursuit par l’image ce travail et cette volonté. Un proverbe touareg dit : « Qui a fait le désert ?» et le vent répond «  c’est moi » . Et il se remet au travail parce qu’il n’arrête jamais.

2006 -
Réalisé Marion Hänsel
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Adapté du roman de Marc Durin-Valois
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Produit par Man's Films & ASAP Films
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